4.2.18. Chalcophyllite
La chalcophyllite a été identifiée à Cap Garonne par LACROIX (1892-1913). Elle y forme des cristaux pseudohexagonaux reposant le plus souvent à plat sur la gangue, sur leurs faces basales (0001). En raison de l'écartement réduit des diaclases, ils sont peu épais (au plus 1 mm) mais peuvent atteindre plus d'un centimètre de long.
CHIMISME
La première analyse de chalcophyllite de Cap Garonne a été réalisée par GUILLEMIN (1952). Nous avons redéterminé cette composition sur deux échantillons de chalcophyllite, l'un provenant d'une diaclase de la zone à chalcocite du point 51 (matériel comparable à celui utilisé par GUILLEMIN), l'autre de la zone à tennantite environnant le pilier 80. L'analyse de cette dernière présente une teneur très élevée en SO3, que nous n'avons pas encore expliquée ; aussi, nous ne préférons pas la faire figurer ; remarquons cependant qu'elle montre une légère substitution du cuivre par Zn, Co et Ni.
La chalcophyllite, de par sa possibilité de déshydratation facile, présente de nombreuses difficultés d'analyse. GUILLEMIN (1952), en proposant la formule Cu11 Al (AsO4)2 (SO4)1,5 (OH)16 . 13 H2O, obtenue à partir de ses analyses, évoque la possibilité qu'il ait opéré sur un matériel partiellement déshydraté. Nous avons recalculé la formule empirique du minéral analysé par GUILLEMIN ; mais cette fois-ci, sur la partie anhydre à partir de la formule de SABELLI (1980) : Cu9 Al (AsO4)2 (SO4)1,5 (OH)12 . 18 H2O actuellement admise. Nous avons obtenu :
Cu 9,96 Al 0,89 (AsO4) 2,06 (SO4)1,18 (OH)14,05 . 12,14 H2O
Cette formule montre en effet une déshydratation portant sur environ 6 molécules d'eau. Nos analyses sur le matériel similaire, réalisées à la microsonde électronique, nous ont permis de distinguer deux populations de résultats correspondant à deux degrés d'hydratation de la chalcophyllite.
Les formules empiriques calculées sur la partie anhydre (formule de SABELLI. 1980) sont :
pour
la moyenne (1) :
Cu 9,33 Al 1,09
(AsO4)1,95 (SO4).1,39
(OH) 13,3 . 8,82 H2O
pour
la moyenne (2) :
Cu 9,36 Al.1,14
(AsO4).2,05 (SO4) 1,27
(OH) 13,45 . 15,48 H2O
Bien que l'on ne puisse pas exclure une possibilité de départ d'eau sous le faisceau, nous pensons que ces résultats traduisent bien une réalité. En effet, les cristaux analysés présentaient des zones vert clair à éclat nacré, alors que d'autres étaient translucides d'une belle couleur vert émeraude. Ces différences sont assez caractéristiques de différences d'hydratation.
Hormis les différences d'hydratation, toutes les analyses réalisées sur la chalcophyllite des diaclases de la zone à chalcocite ont montré qu'elle était peu substituée. Le dosage de ZnO et Fe2O3 qui figurait dans notre programme d'analyse a donné des teneurs le plus souvent nulles ou ne dépassant pas 0,1 à 0,3%.
Tableau
88 - Analyses de la chalcophyllite de la zone à chalcocite de
Cap Garonne.
A : GUILLEMIN (1952), analyse par voie
humide.
B : Cette étude. Analyse à la
microsonde électronique Camebax Microbeam (BRGM-CNRS), 15 kV,
5,5 nA, Ø ≈6 µm
(CuKα,
AsLα,
clinoclase) (SKα,
barytine) (FeKα,
hématite) (AlKα,
Al2O3).
(1) Moyenne de 10 analyses
ponctuelles.
(2) Moyenne de 6 analyses ponctuelles
(différentes de (1)).
* : par différence à
100%.
PARAGENÈSE
Contrairement à l'opinion de MARI et ROSTAN (1986), la chalcophyllite n'est pas exclusivement présente dans les diaclases de la zone riche en sulfures de cuivre. Si elle y existe effectivement, c'est toujours dans une proportion inférieure à celle de la parnauïte. Selon nos observations, elle a son développement maximal (par la proportion, aussi bien que la taille des cristaux) dans les quartzites sans sulfures riches en aluminium (type piliers 5-6, mine Nord). Nous avons constaté que la chalcophyllite ou la parnauïte avaient des positions similaires dans la séquence d'altération à Cap Garonne, avec, lorsque les deux espèces coexistent, antériorité de la chalcophyllite sur la parnauïte. De plus, comme la parnauïte, la chalcophyllite est parfois pseudomorphosée en cornubite.
Le comportement similaire de ces deux arséniosulfates tient à la similarité de leurs formules chimiques et structures en feuillets. On a, en effet, pour la chalcophyllite :
Cu9 Al (AsO4)2 (SO4)1,5 (OH)12 18 H2O (formule SABELLI, 1980)
et pour la parnauïte :
Cu9 (AsO4)2 (SO4) (OH)10 7 H2O (formule WISE, 1978)
ou :
Cu10 [(AsO4), (SO4)]3 (OH, O)11 . 8 H2O (cette étude, cf. 1ère partie, III-2.2.a).
On peut voir que l'antériorité systématique de la chalcophyllite sur la parnauïte peut s'expliquer par la fixation en premier de l'aluminium présent dans les solutions, au niveau de la chalcophyllite ; la baisse d'activité de l'aluminium en résultant, aura pour conséquence, si les activités en Cu, As, et S sont suffisantes, de permettre la formation de la parnauïte. Selon l'activité de l'aluminium, nous aurons donc soit principalement de la chalcophyllite, soit principalement de la parnauïte. Ceci est conforme à la prépondérance observée de la chalcophyllite dans les quartzites riches en Al, ou celle de la parnauïte dans les zones à sulfures de cuivre, où la teneur en Al est plus faible (soit dès le départ, soit après la formation de la cyanotrichite).
Les séquences paragénétiques incluant la chalcophyllite sont quasiment identiques dans la zone riche en Al comme dans celle riche en sulfures de cuivre.
Paragenèse
de la zone riche en Al
Nous avons
principalement la succession suivante :
mansfieldite →
cyanotrichite →
chalcophyllite →
parnauïte (peu abondante)
Paragenèse
de la zone riche en sulfures de cuivre
Elle diffère
peu de la précédente. La mansfieldite est absente
(remplacée par des oxydes de fer provenant de la
déstabilisation de scorodite plus ou moins aluminifère)
et la chalcophyllite est beaucoup moins abondante que la parnauïte.
Un échantillon nous a permis de constater, outre
l'antériorité de la cyanotrichite par rapport à
la chalcophyllite, celle de la wroewolféite. Nous avons aussi
observé sur d'autres échantillons la pseudomorphose de
la chalcophyllite en cornubite. Nous avons donc le schéma
d'évolution suivant :
Mentionnons pour finir la
possibilité de transformation de la chalcophyllite en deux
phases nouvelles : 1' "iidatéite" et la phase X2
(cf. 4.2.22 pour la description de cette association).
4.2.19. Parnauïte
Nous avons déjà développé ses aspects descriptifs (cf. 1ère partie III-2.2.a), aussi ne reviendrons nous plus sur ce point. Nous préciserons toutefois que c'est à ce minéral qu'il faut rattacher la variété de tyrolite verte signalée par GUILLEMIN (1952).
PARAGENÈSE
Diaclases
de la zone à chalcocite (point 51, mine Nord)
La
position de la parnauïte a été évoquée
de nombreuses fois dans les paragenèses des autres arséniates
de cuivre rencontrés dans ces diaclases. Rappelons que cette
position peut être schématisée par :
Comme
nous l'avons vu (cf. § 4.2.18), en raison de leurs
formules proches, l'apparition
de la parnauïte plutôt
que de la chalcophyllite marque l'appauvrissement des solutions
en aluminium. L'abondance de la parnauïte dans les diaclases de
la zone à chalcocite reflète ainsi la pauvreté
en Al des grès encaissants, cet élément ne
migrant généralement que très peu, en raison de
sa faible solubilité. Notons qu'il n'est pas totalement
absent des diaclases de la zone à chalcocite, comme en
atteste la présence fréquente de cyanotrichite.
Cette dernière peut, suivant l'aluminium encore en solution,
soit supporter directement de la parnauïte (cf. photo, annexe
E), soit encore comme
produit intermédiaire de la chalcophyllite.
Il
est intéressant de souligner qu'avec l'augmentation de pH, la
parnauïte peut se pseudomorphoser en cornubite (cf. § 4.2.6)
ou en leucochalcite. On observe, dans ce dernier cas, des résidus
de parnauïte littéralement "emmaillotés"
dans les fibres de la leucochalcite.
Si les ions AsO4
libérés lors de cette déstabilisation prennent
part aussitôt à la formation de nouveaux arséniates
de cuivre, il n'en est pas de même pour les ions SO4.
On constate la formation de sulfates de seconde génération
(sous la forme de brochantite), qu'après la précipitation
du carbonate azurite. Ce dernier minéral est parfois
pseudomorphosé en brochantite.
Nous émettons
l'hypothèse qu'une partie des ions SO4 nécessaires
à la formation de la brochantite de seconde génération
provienne de la déstabilisation de la parnauïte, selon
le schéma :
Pour étayer nos propos :
la parnauïte n'est que très rarement rencontrée
en contact direct avec l'azurite, alors que cette dernière
l'est fréquemment avec la cornubite, dont on sait qu'elle
résulte souvent de la déstabilisation de la parnauïte.
Nous avons pu, sur de tels échantillons, constater la
pseudomorphose de certains cristaux d'azurite en brochantite.