4.2.16. Lavendulanite
En 1952, GUILLEMIN signalait l'existence de deux variétés de tyrolite à Cap Garonne : l'une verte, dont nous verrons qu'il s'agissait de parnauïte, l'autre bleue, que GUILLEMIN lui-même (1956) identifie à la lavendulanite.
HABITUS
La lavendulanite se présente généralement à Cap Garonne en sphérules (≤ 0,5 mm) à structure radiaire constituées de cristaux en lamelles rectangulaires, plus rarement en lamelles isolées.
CHIMISME
Nous avons analysé à la microsonde électronique des sphérules de lavendulanite provenant des diaclases de la zone à sulfures de cuivre (point 51, mine Nord) (tableau 87).
Tableau
87 - Analyse de la lavendulanite du point 51 de la mine Nord de Cap
Garonne.
Microsonde électronique Camebax Microbeam
(BRGM-CNRS), 15 kV, 5,5 nA, Ø ≈
6 µm (CaKα,
wollastonite) (NaKα,
albite) (ZnKα,
ZnO) (CuKα,
AsLα,
clinoclase) (CIKα,
vanadinite)
* : par différence à 100%.
Le degré d'hydratation de la lavendulanite pouvant varier de 4 à 5 molécules d'eau – Na Ca Cu5 (AsO4)4 Cl . 4-5 H2O – nous avons calculé la formule de notre minéral sur la partie anhydre, soit :
Na
1,42 Ca 1,01 (Cu 4,81
Zn 0,01) 4,82 H 0,04
(AsO4) 3,98 Cl 1,18 .
3,92 H2O
ou encore :
Na 1,42 Ca 1,01 (Cu 4,81 Zn 0,01) 4,82 (AsO4) 3,94 (HasO4) 0,04 Cl 1,18 . 3,92 H2O
Cette formule montre l'état d'hydratation le plus bas, probablement lié au séjour prolongé en laboratoire ou encore à l'évolution du minéral sous le faisceau.
Nous ne nous expliquons pas la teneur élevée en Na (à moins d'admettre la possibilité de substitution de Cu par Na, surprenante en raison des différences de rayon ionique et de charge), car la teneur en Na est généralement sous-estimée à la sonde en raison de la volatilité de cet élément léger sous le faisceau.
PARAGENÈSE
Nous avons rencontré la lavendulanite dans trois types d'association, où elle demeure une phase peu abondante :
Diaclases
de la zone à chalcocite (point 51, mine Nord).
La position
paragénétique de la lavendulanite est identique ou
proche de celle de la strashimirite (cf. § 4.2.4). Elle
s'observe fréquemment sur la parnauïte et peut être
calée par la séquence paragénétique :
Diaclase
du pilier 5, mine Nord.
La lavendulanite a été
observée sur une quartzite à rares sulfures.
L'association minérale étant limitée, suivant
la succession suivante à :
mansfieldite (±
ferrifère) →
pharmacosidérite s.l. →
olivénite →
lavendulanite
L'apparition de la lavendulanite a eu pour
conséquence la déstabilisation à ses abords de
la mansfieldite. On observe ainsi un dépôt d'oxydes de
fer en tache limité à l'extension de la lavendulanite.
Bien que les conditions de stabilité de la mansfieldite ne
soient pas connues, du fait de son isomorphisme avec la scorodite,
elle doit se comporter de la même façon, tout du moins
lorsqu'elle est, comme c'est le cas, substituée en fer.
Ainsi, dans ce cas de figure, elle est un marqueur de l'augmentation
de pH.
GUILLEMIN (1956) signale, dans ce type d'association. le
dépôt de la lavendulanite avant celui de l'olivénite.
Nos observations sont inverses à cet ordre de dépôt
et nous pensons que l'olivénite de GUILLEMIN pouvait
correspondre à la strashimirite, phase inconnue à
l'époque. Son habitus fibreux proche de celui de la
leucochalcite serait responsable de l'interprétation faite
par GUILLEMIN (1956) de la pseudomorphose de la lavendulanite en
leucochalcite.
Cavité
de la zone à uranium de la mine Sud.
Contrairement aux
autres cavités du niveau uranifère. elle n'est pas
remplie de métazeunérite poudreuse, mais d'une
substance noire radioactive (cette cavité a permis de mesurer
à son contact une radioactivité de 15 000
coups/s) constituée de métazeunérite et d'une
substance amorphe aux rayons X, dont on peut penser
qu'il s'agit de matière carbonée. Le grès
encaissant présente, à la périphérie
immédiate de cette cavité, un phénomène
de réduction caractérisé pas-l'apparition de
cuprite entre ses grains. La lavendulanite apparaît en petits
sphérules, associée à la matière
radioactive noirâtre.
4.2.17. Phase X3 : zdenekite
La zdenekite est le dernier nouveau minéral décrit à Cap Garonne (CHIAPPERO et SARP, en préparation ; cf. description 1ère partie, III-2.1.b3). Nous l'avons découverte sur des échantillons extraits du pilier 78b (cf. plan 2, annexe G), mais elle est aussi présente à proximité, sur les piliers 78 et 80. Signalons que le minéral identifié comme lavendulanite dans la description de la géminite (SARP et PERROUD, 1990) est en fait de la zdenekite. Elle se présente à la surface du front de taille, toujours au contact du niveau cuprifère (plus rarement dans ses diaclases), immédiatement en dessous du niveau plombifère. Elle peut couvrir des surfaces de plusieurs dizaines de centimètres carrés, conférant une couleur bleu ciel à la surface du niveau cuprifère.
PARAGENÈSE
Nous avons observé la zdenekite dans deux types d'association :
Pilier
80 (point a, cf. plan 2, annexe G).
La zdenekite était
associée à la géminite selon la
succession :
géminite →
zdenekite
Pilier
78b (point e, plan 2, annexe G).
Son association minérale
est beaucoup plus riche que dans le cas précédent et
permet d'établir la séquence paragénétique
suivante (précisons que le soufre présent s'exprime en
grains à surface arrondie témoignant de la dissolution
du minéral et donc de son instabilité dans les
conditions de pH succédant à sa formation) :
1)
à la surface du grès cuprifère :
2)
dans une diaclase du grès cuprifère :
tennantite →
anglésite →
phase X1 →
olivénite →
zdenekite
Du fait de son association à la géminite (cf. § 4.2.1). la zdenekite est un minéral de formation récente (néoformation). Il apparaît toujours comme dernier minéral dans ses associations qui suivent une séquence du style : sulfates → arséniosulfates → arséniates. Cette dernière indique une augmentation de l'activité en As des solutions mères que nous corrélons à une augmentation du pH. En effet, en raison de la ressemblance (aussi bien chimique que structurale) de la zdenekite à la lavendulanite, la zdenekite doit se former dans des conditions de pH similaires, proches de la neutralité. Les minéraux antérieurs à la zdenekite appartenant à la séquence acide, nous avons donc bien une augmentation de pH dans le sens anglésite → zdenekite.
Nous pouvons à ce stade comparer les séquences sulfates → arséniosulfates → arséniates observées dans les diaclases du point 51 et du pilier 78b. car nous avons vu qu'elles traduisaient toutes deux une augmentation du pH des solutions oxydantes. La raison de différents minéraux pour chacune des catégories de ces séquences tient à la nature du minerai cuprifère : tennantite pour le pilier 78b et chalcocite pour le point 51. Les solutions mères possèdent des pH plus bas au départ pour le pilier 78b, se traduisant par l'apparition de la paragenèse acide, car la tennantite débute son oxydation.
Quant à l'apparition de la zdenekite plutôt que de la lavendulanite, elle peut être expliquée par la proximité immédiate du niveau plombifère riche en chlore à cet endroit là. La lavendulanite s'exprime, quant à elle, soit dans des diaclases de grès sans sulfures, soit dans celles de grès à sulfures de cuivre, c'est-à-dire dans des contextes suffisamment éloignés de la source du Pb pour que ce dernier ait déjà précipité. En d'autres termes, la proximité immédiate du niveau à Pb semble donc nécessaire pour que le plomb, peu mobile, participe à la formation de la zdenekite.