4.2.9. Duftite
Ce minéral est le premier arséniate que nous abordons à résulter de la superposition de la minéralisation secondaire cuprifère à la minéralisation secondaire plombifère. Il a été signalé la première fois à Cap Garonne par GUILLEMIN (1952). Cet auteur ayant particulièrement bien étudié la minéralisation secondaire plombifère et les arséniates cuproplombifères associés, nous n'apportons que peu d'éléments nouveaux.
HABITUS
La duftite se présente principalement en octaèdres aplatis à faces souvent courbes, de couleur vert bouteille, à la surface de cristaux de mimétite.
CHIMISME (tableau 83)
Tableau 83 - Analyses de la duftite de Cap Garonne.
Analyse par voie humide, recalculée à 100% après déduction des impuretés de mimétite.
Analyses à la microsonde électronique Camebax Microbeam (BRGM-CNRS), 15 kV,
5,5 nA, Ø ≈ 6 µm (CaKα, wollastonite) (PbMα, galène) (CuKα, AsLα, clinoclase) (ZnKα,
ZnO)
* : par différence
Analyse GUILLEMIN
(1952) :
Formule
empirique calculée sur la partie anhydre :
(Cu
0,94 Zn
0,03)
0,97 Pb
1,03 (AsO4)
1,00 (OH)
1,00 .
0,60 H2O
Cette étude :
Formule
empirique calculée sur la partie anhydre :
Cu
1,04 (Pb 1,01 Ca 0,02) 1,03
(AsO4) 0,97 (OH) 1,23 .
0,18 H2O
On constate dans les deux analyses un très faible pourcentage de substitution. L'analyse de GUILLEMIN présente, à la différence de notre analyse, une teneur en eau excédentaire par rapport à la théorie, qui est probablement attribuable à de l'eau d'absorption.
PARAGENÈSE
La duftite est invariablement associée à d'autres minéraux secondaires plombifères, en particulier la mimétite. Elle se rencontrera donc principalement dans la zone plombifère ou à sa proximité immédiate. Elle est toujours postérieure à la mimétite de première génération à partir de laquelle elle se forme le plus souvent.
GUILLEMIN (1952) observe qu'elle est postérieure à un arséniate de plomb et cuivre proche de la bayldonite, à la beudantite et antérieure au dépôt des carbonates de cuivre azurite - malachite. En 1956, GUILLEMIN confirme l'identité de la bayldonite à cet arséniate de plomb et cuivre et inverse ses conclusions de 1952 quant à l'ordre d'apparition de ce minéral par rapport à la duftite. Les résultats de nos observations sont conformes à cette dernière succession. En plus de son association fréquente limitée aux deux espèces mimétite et bayldonite selon la succession :
mimétite 1ère génération → duftite → bayldonite,
nous avons observé la duftite dans les associations minérales suivantes :
échantillon prélevé
dans une diaclase (de 1 cm d'écartement) recoupant la
zone à Pb et la
zone à Cu du point 52.
La duftite est associée à :
allophane, mimétite, bayldonite et
malachite et sa position
paragénétique peut être écrite :
barytine →
allophane →
mimétite →
duftite →
bayldonite →
malachite
Contrairement à l'opinion de GUILLEMIN (1952),
l'apparition de bayldonite après la duftite ne reflète
pas forcément une augmentation de pH, mais plutôt
l'augmentation de
l'activité en cuivre des solutions (MAGALHAES
et al., 1988).
Cette augmentation du pH des solutions est marquée par contre
par l'apparition de la malachite ;
Nous n'avons pas réussi à déterminer avec certitude les relations entre beudantite, philipsbornite, scorodite/mansfieldite et pharmacosidérite. Toutefois, avec réserve, beudantite et scorodite/mansfieldite semblent postérieures à la philipsbornite ; la pharmacosidérite est quant à elle postérieure à scorodite/mansfieldite. Cet ensemble de minéraux s'est formé dans des conditions de pH acides, la beudantite se développant entre pH 4 et 5. L'apparition de la carminite résulte de la déstabilisation de la beudantite, dont on observe les cristaux pseudomorphosés en oxydes de fer. Cette déstabilisation s'opère pour des pH supérieurs à 5. Curieusement, la scorodite qui supporte parfois des cristaux de carminite, n'a pas été affectée (à part peut-être l'opacification en blanc de ses cristaux) ; la pharmacosidérite s.l. présente par contre une couleur brun chocolat traduisant un début de déstabilisation ; la philipsbornite est restée stable. Carminite, duftite et bayldonite peuvent s'être formées dans les mêmes conditions de pH, aux alentours de 5-6 (WILLIAMS, 1990) ; le passage de duftite à bayldonite traduirait uniquement une augmentation de l'activité en cuivre.