4.2.6. Cornubite

Cette phase a été signalée pour la première fois à Cap Garonne par LAURENT et PIERROT (1961). Elle y est le plus fréquemment associée à la cornwallite ; aussi traiterons-nous de cette paragenèse dans le chapitre cornwallite (§ 4.2.7). Nous ne décrirons ici qu'une paragenèse qui lui semble propre ainsi que les différents aspects concernant son chimisme et habitus.

HABITUS

La cornubite se présente presque uniquement à Cap Garonne dans son habitus fibroradié, en sphérules submillimétriques ou encroûtements mamelonnés de couleur vert pomme à vert sombre et à surface lisse d'aspect vernissé.

Nous ne l'avons rencontrée qu'une seule fois en cristaux sur un échantillon de la mine Nord de provenance précise inconnue (éch. C. DUBOIS). Cet échantillon présentait un enduit d'oxydes de manganèse servant de base à des cristaux de cornwallite suiuiontés à leur tour de cornubite (cf. photo 8, annexe E). Celle-ci formait des fagots de cristaux de 150 µm de diamètre.

Ces cristaux sont aplatis selon () et mesurent en moyenne 100 x 70 x 2 µm (cf. photo 9, annexe E). Rappelons (cf. 1ère partie, III-1.3.2.1) que la cornubite cristallisée n'est connue que dans un nombre très limité de localités. Elle s'exprime généralement en sphérules cryptocristallins.

CHIMISME


Cornubite (1)


Cornubite



cryptocristalline


cristallisée (2)






Moyenne

(6 analyses))

% extrêmes

déviation

standard

CaO

n.d.

0,05

0 - 0,1

0,05

PbO

n.d.

0,28

0 - 1,02

0,42

ZnO

n.d.

0,39

0 - 0,83

0,34

CuO

59,29

59,50

58,36 - 61,49

1,22

As2O5

33,83

34,32

33,13 - 35,23

0,75

H2O

6,64

5,46 *



99,76

100,00



Tableau 80 - Analyses de cornubites de Cap Garonne.

  1. LAURENT et PIERROT (1961), analyses par voie humide (n.d.: non déterminé)

  2. Cette étude, analyses microsonde Cameca Microbeam (BRGM-CNRS), 15 kV, 5 nA, Ø = 6 µm
    (CaKα : andradite), (Cu Kα, La : clinoclase) (PbMα, galène) (ZnKα : ZnO)

* : par différence

La cornubite analysée par LAURENT et PIERROT (1961) montre un excès d'eau lié à la nature cryptocristalline du matériel utilisé. En effet, en calculant une formule empirique sur la base de 7 cations (5 CuO As2O5 . 2 H2O), nous obtenons :
Cu 5,02 As 1,98 O 10 . 2,48 H2O
qui présente un excédent de 0,46 molécules d'eau par rapport à la formule théorique. Cet excédent doit être rattaché à de l'eau d'absorption. Nos analyses de la cornubite cristallisée permettent de calculer, sur la base de 12 oxygènes, la formule suivante :
(Cu 4,97 Zn 0,03 Ca 0,01 Pb 0,01) 5,02 (AsO4) 1,99 (OH)4,07 . 0,02 H2O
(ou, sur la base de 7 cations : Cu 4,97 Zn 0,03 Ca 0,01 Pb 0,01 As 1,98 O10 . 2,01 H2O)
qui est très proche de la stoechiométrie idéale et, en raison de la nature monocristalline du matériel utilisé, ne présente pas d'eau d'absorption.

PARAGENÈSE PROPRE DE LA CORNUBITE

La cornubite est un minéral fréquent des diaclases à revêtement d'oxydes de fer de la zone riche en cuivre (niveau à chalcocite). Elle s'y observe en gouttelettes à structure fibroradiée parfois associées en croûtes mamelonnées. De par la richesse de l'association de minéraux secondaires de ces diaclases (bien observée au point 51), sa position paragénétique a été parfaitement bien établie.

Nous l'avons rencontrée :

La postériorité constante de la cornubite par rapport à la parnauïte et le phénomène de rétraction constaté nous ont suggéré la possibilité de pseudomorphose ou déstabilisation de la parnauïte en cornubite. L'évolution de la minéralisation secondaire de zone riche en cuivre (zone à chalcocite) montre, après les premières cristallisations de termes de la solution solide scorodite - mansfieldite (plus ou moins déstabilisées selon la teneur en Fe2O3) et celle d'olivénite, la précipitation massive de sulfates de cuivre basiques.

Ces derniers sont le plus fréquemment la cyanotrichite Cu4 A12 (SO4) (OH)12 . 2 H2O, en cristaux aciculaires jusqu'à 15 mm et la brochantite Cu4 (SO4) (OH)6, plus rarement la wroewolfeite Cu4 (SO4) (OH). 2 H2O (ROSTAN, 1986), la connellite Cu19 C14 (SO4) (OH)32 . 3 H2O (PERROUD, 1984) et la spangolite Cu6 Al (SO4) (OH)12 . Cl . 3 H2O (PERROUD, 1987). Après ces sulfates, apparaît l'arséniosulfate de cuivre parnauïte, suivi par le cortège d'arséniates de cuivre : cornubite, strashimirite et lavendulanite. Pour finir, ce sont les carbonates de cuivre, azurite et malachite, qui précipitent. Toute cette évolution schématisée figure 53 dénote une évolution du pH des solutions.

À titre spéculatif, le bilan chimique de la transformation de parnauïte en cornubite, en considérant l'augmentation conjointe du pH et de l'activité en As (du fait de l'apparition des arséniates après le dépôt des sulfates) pourrait s'écrire comme suit :


Signalons pour terminer que de telles pseudomorphoses de parnauïte en cornubite ont été signalées (sans précision des minéraux associés) par WISE (in JENSEN, 1985) à Majuba Hill, Nevada, USA.


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