4.2.4. Strashimirite

La strashimirite est une phase discrète à Cap Garonne. Nous ne l'avons rencontrée personnellement qu'en deux endroits de la mine (Nord et Sud) ainsi que sur un échantillon récolté par le gardien de la mine.

Certainement en raison de sa ressemblance avec l'olivénite, elle n'a été identifiée pour la première fois qu'en 1984 (PERROUD, 1984). Nous n'avons pas vu l'échantillon de cet auteur, aussi reprendrons nous ses données.

La strashimirite se présente en agrégats de cristaux très allongés aplatis perpendiculairement à l'axe de développement, d'éclat nacré et de couleur vert très pâle à blanc. Elle est intimement associée à de l'olivénite en fins cristaux aciculaires blancs (leucochalcite ?). Les autres minéraux présents sur l'échantillon sont la chalcophyllite et la parnauïte. L'auteur ne précise pas la provenance dans la mine de cet échantillon ; à notre avis, au vu de l'association minérale, il est fort probable qu'il provienne d'une diaclase de la zone riche en Cu (niveau à chalcocite) de la mine Nord.

Nous avons pour notre part collecté la strashimirite en place :

1) Près du point 51 :

Cet endroit consiste en un pilier présentant un niveau cuprifère riche en chalcocite affecté par de nombreuses diaclases. Toutes les diaclases de cette zone possèdent sur leurs parois internes un recouvrement d'aspect vernissé (généralement amorphe aux RX) d'oxydes de fer indéterminés. Bien que nous n'ayons pas de preuve dans tous les cas, il nous semble qu'il résulte de la déstabilisation de scorodite, dont nous avons pu parfois observer des cristaux pseudomorphosés. Pour notre échantillon à strashimirite, ce dépôt d'oxydes de fer est suivi de celui de pharmacosidérite s.l. plus ou moins contemporain d'une première précipitation d'olivénite (cristaux partiellement inclus dans la pharmacosidérite). Cette pharmacosidérite est de place en place partiellement altérée en surface (colorée par des oxydes de fer).

Ensuite, chronologiquement, nous observons le dépôt prépondérant de parnauïte qui par endroits se déstabilise en leucochalcite (ouverture des feuillets de la parnauïte et aspect cireux de ses cristaux dont les contours sont peu nets). De la cornubite, sous forme de gouttelettes à surface lisse, emmanche des cristaux d'olivénite d'une génération située entre le premier dépôt d'olivénite et celui de leucochalcite. De la lavendulanite est aussi présente sur l'échantillon sans relation avec les autres minéraux. La strashimirite s'est déposée sur les cristaux de pharmacosidérite peu altérés à cet endroit là. Elle n'est pas associée à d'autres minéraux. Seuls des cristaux transparents de barytine sont immédiatement présents à ses côtés sans possibilité d'observation de la chronologie de dépôt. La strashimirite se présente en cristaux lancéolés à terminaison fibreuse et aplatis perpendiculairement à l'allongement. Son éclat est nacré et sa couleur vert très pâle (cf. photo 5, annexe E).

Cet échantillon ne pennet pas de dégager de conclusions quant à la position de la strashimirite dans la séquence d'oxydation. Celles-ci ont été obtenues grâce à l'échantillon de strashimirite du gardien de la mine et la connaissance des relations mutuelles des minéraux des diaclases du point 51 que nous avons établies à partir de l'étude de nombreux autres échantillons.

L'échantillon du gardien de la mine montre sans conteste que la strashimirite s'est développée sur des cristaux d'olivénite et par endroits sur la cornubite qui elle-même surmonte l'olivénite. Cette cornubite forme des petites gouttelettes à surface lisse caractéristiques de l'association olivénite - parnauïte - cornubite ou olivénite - cornubite fréquente dans les diaclases de la zone riche en cuivre (cf. §4.2.6, cornubite).

En additionnant les observations obtenues sur cet échantillon à celles acquises sur de nombreux échantillons de la zone riche en cuivre, la position paragénétique de la strashimirite est la suivante :


2) Zone à U, Mine Sud (cf. fig. 51)

Nous avons identifié la strashimirite sur des échantillons de grès extraits à la base de la zone à U, au niveau du sol de la galerie. Ces spécimens avaient été collectés car ils contenaient le nouveau minéral décrit à Cap Garonne : la deloryite (SARP et CHIAPPERO, 1992). Nous reviendrons sur la description de ces échantillons dans la paragenèse de la métazeunérite, mais il est nécessaire de nous étendre sur la description de la riche association minérale qui, par certains des minéraux présents, cale avec une bonne précision, les conditions de pH de formation à la fois de la deloryite et de la strashimirite.

Cette zone à U est caractérisée par la présence dans le grès de cavités (cf. 3ème partie, I-2.2) à remplissage de métazeunérite poudreuse. Comme dans toute la mine, ce grès est recoupé, ainsi que ses cavités, par des diaclases. La deloryite a principalement été rencontrée dans les cavités mais aussi accessoirement dans les diaclases immédiatement associées. C'est sur un échantillon extrait d'une diaclase à proximité d'une cavité du grès que la strashimirite a été trouvée.

Les cavités intergranulaires du grès de cet échantillon sont remplies par de la barytine qui est parfois automorphe dans les diaclases. Cette barytine est surmontée par de la métazeunérite, dont on voit par endroits qu'elle est antérieure à la cristallisation de scorodite pure (pas de substitution Fe par Al). La scorodite, qui est le plus souvent altérée en oxydes de fer (ou oxyhydroxydes), peut-être fraîche, lorsqu'elle a été isolée à un stade précoce de l'altération. Dans ce cas, elle nous a permis d'observer à sa surface, comme seul autre minéral présent, de l'olivénite en cristaux pseudo-octaédriques. Ce dernier minéral s'exprime aussi sous le même faciès dans les cavités du grès, surmontant la zeunérite et associé à de petits pseudo-cubes de pharmacosidérite s.l. L'observation d'olivénite sur la scorodite fraîche est possible car il a été ..émontré que la scorodite est stable jusqu'à environ pH = 3 (ROBINS et al., 1987) et que l'olivénite se forme généralement entre pH 3 et 7. Par contre, en présence de deloryite, la scorodite est déstabilisée en oxydes de fer. Le pH de formation de la deloryite est donc supérieur à 3 et, de par l'existence de l'anion MoO42 dans sa composition, doit être situé vers pH = 6. La deloryite, qui est postérieure à la zeunérite, est intimement associée à malachite, atacamite, paratacamite. Les pH de formation de ces minéraux (POLLARD et al., 1989) confirment l'estimation d'un pH proche de la neutralité à basique déjà proposé pour la deloryite. De la wulfénite apparaît parfois en dernier dans cette paragenèse : deloryite - malachite - atacamite paratacamite.

Quant à la strashimirite, elle se développe uniquement à proximité immédiate des cristaux de métazeunérite ou sur leurs faces (cf. photo 6, annexe E). Dans ce dernier cas, nous avons envisagé la possibilité de pseudomorphose et de transformation de la zeunérite en strashimirite. En effet, nous avons observé sur le clivage (001) d'un cristal de zeunérite, la présence d'une bande d'éclat nacré (de couleur vert très clair) au contact des cristaux de strashimirite. Cette bande épousait le contour du cristal et s'enfonçait de quelques centièmes de millimètres vers le coeur du cristal absolument indemne de toute transformation.

Nous n'avons jamais rencontré réunies strashimirite et deloryite ; cependant nous pensons, en raison des pH de formation proches, qu'elles doivent appartenir à la même paragenèse de type basique.

En conclusion, la position de la strashimirite dans la séquence paragénétique des minéraux rencontrés dans la zone à uranium peut être résumée comme suit :

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