9) LAVENDULANITE Na Ca Cu(AsO)4 Cl . 4-5 H2O

Historique - Localité type

La première mention du nom lavendulan se rapporte à un minéral étudié par BREITHAUPT (1837) et provenant de Joachimsthal, Bohême, Slovaquie. Seule une analyse qualitative avait été réalisée sur ce matériel et ne montrait la présence que de Cu, Co, Ni et As. PALACHE et al. (in Dana's 7th ed.) évoquent la possibilité qu'il s'agisse d'une érythrite cuprifère ou de l'équivalent à cuivre de l'érythrite. Sans savoir s'il s'agit du même minéral, GOLDSMITH (1877) propose de nouveau le nom de lavendulan pour un composé répondant à la formule Na3 (Cu, Ca)3 (AsO4)2 (OH)3 . H2O et auquel FOSHAG (1924) propose le nom de freirinite pour en rappeler la localité : mine Blanca, département de Freirini, Chili. Ce changement de nom est justifié à ses yeux par le fait que le lavendulan ne contient pas de sodium. GUILLEMIN (1956) établit, par des diagrammes de poudre l'identité structurale du lavendulan de BREITHRAUPT avec la freirinite et, en mettant en évidence la présence de Ca et Na dans le minéral de Joachimsthal, confirme que lavendulan et freirinite sont en fait un seul et même minéral. Enfin, il découvre le Cl dans les deux échantillons. L'étude complète qu'il réalise aboutit à la formule utilisée aujourd'hui (analyse du minéral de Freirini) et au système orthorhombique (étude d'un monocristal de Kamareza, Grèce). Il préfère, certainement en raison de son antériorité, le nom de lavendulanite à celui de freirinite.

Étymologie

Pour la couleur bleu lavande du minéral.

Propriétés physiques

La lavendulanite est de couleur bleu lavande, sa poussière est bleu clair. Elle possède un éclat nacré et présente un clivage parfait (010). Sa dureté est de 2,5 sur l'échelle de Mohs et elle est flexible. GUILLEMIN (1956) obtient une densité mesurée de 3,54(2) aussi bien sur la lavendulanite de Freirini, que celle de Cap Garonne.

Propriétés optiques

Ce minéral présente des variations de propriétés optiques. FOSHAG (1924) détermine pour la freirinite une uniaxie négative avec ε = 1,645 et ω = 1,748 et observe un pléochroïsme tel que O = bleu verdâtre profond et E = bleu verdâtre lumineux. GUILLEMIN (1956), à partir d'échantillons de lavendulanite de plusieurs provenances, constate que certains cristaux possèdent une uniaxie, d'autres une biaxie, négatives. L'extinction varie suivant les cas entre droite et à 45°. Il relie ces variations de propriétés optiques à la présence de molécules d'eau d'interposition entre les feuillets. Pour le démontrer, il utilise des cristaux de lavendulanite de Cap Garonne présentant une biaxie négative, avec 2V = 33°, et une extinction oblique à 45° qu'il chauffe à 90°C durant plusieurs jours. Au bout de 3 jours, le diagramme de poudre est identique à celui de la lavendulanite non chauffée, mais les cristaux présentent une extinction droite et un 2V plus faible. Après 5 jours, les cristaux sont à extinction droite et uniaxie négative. GUILLEMIN compare ces variations à celles connues pour l'autunite (quadratique) dont la teneur en eau peut varier entre 10 et 12 H2O. La variété d'autunite pleinement hydratée étant biaxe négative avec une extinction à 45°, celle la moins hydratée est uniaxe négative.

Habitus

En cristaux lamellaires aplatis sur (010) et présentant les formes (010), (101), (100) et (001). En sphérolites fibroradiés.

Radiocristallographie

La première étude radiocristallographique a été réalisée par GUILLEMIN (1956), avec une chambre de précession (rétigraphe), sur un monocristal de lavendulanite de Kamareza Grèce. Il obtient une maille orthorhombique avec a = 9,73, b = 41,0, c = 9,85 Å et Z = 8. La lavendulanite est isostructurale de la sampleite (analogue phosphaté). Le peu de différence qui existe entre les paramètres a et c peut laisser envisager que la lavendulanite soit en fait quadratique. La zdenekite (cf. 1ère partie, III-2.1.b.3) qui présente un diagramme de poudre ressemblant à celui de la lavendulanite, ainsi qu'une formule générale de la même forme (plomb substituant le Ca), possède une maille quadratique avec, pour groupe spatial, P4122 ou P4322. La comparaison proposée par GUILLEMIN avec l'autunite s'en trouverait d'autant plus confortée. Nous envisageons dans un futur proche de reprendre l'étude radiocristallographique de la lavendulanite.

Diagramme de poudre. GUILLEMIN (1956)

Principales raies de diffraction (d, hkl, I) : (9,77, 100, 100) ; (3,11, 301, 70) ; (4,87, 210, 50) ; (7,01, 101, 40) ; (4,41, 240, 40).

Structure : non déterminée

Spectre Raman CHIAPPERO, PINET) (fig. 33)

Fig. 33 - Spectre Raman de lavendulanite de Cap Garonne ;

Na1,43 Cal,01 (Cu4,83 Zn0,01)4,84 H0,05 (AsO4)4,00 Cl1,18. 3,83 H2O,

orientation quelconque. Puissance laser 50 mW, obj. 50, 5 périodes de 2 s.

Raman Dilor XY. Lab. ITODYS, Univ. Paris VI (CHIAPPERO, PINET).

Composition chimique (tableau 35)

Tableau 35 : Composition chimique de la lavendulanite (% pondéraux).

1 - Freirini. GUILLEMIN (1956), analyse par voie humide.

2 - Cap Garonne. Cette étude, microsonde électronique. * : par différence.

a - Na Ca Cu5 (AsO4)Cl . 4 H2O.

b - Na Ca Cu5 (AsO4)Cl . 5 H2O.

GUILLEMIN (1956) observe une perte de 2,9% d'eau pour ce minéral avant 110 °C ; il existe donc une possibilité de variation du nombre de molécules d'eau, celui-ci semblant évoluer entre 4 et 5. La lavendulanite est isostructurale de la sampleite (Na Ca Cu5 (PO4)4 Cl. 4-5 H2O) avec laquelle elle forme une solution solide dont l'extension est inconnue. Des lavendulanites phosphatées ont été signalées, en particulier à la mine Dome Rock, Australie du sud. STRUNZ (1970) signale la possibilité de substitution de Cu par Zn dans un minéral de Tsumeb, Namibie, qu'il nomme zinclavendulanite Na Ca (Zn, Cu)5 (AsO4)4 Cl. 4-5 H2O . Ce minéral n'a pas été soumis à l'approbation du CNMMN de l'IMA.

Synthèse : cf. 2ème partie I-2.4.4

Paragenèse - association minérale

Ce minéral se forme à des pH neutres à alcalins ; il est communément associé aux arséniates suivants : tyrolite, strashimirite, parnauïte, chalcophyllite et érythrite.

Gisement

La lavendulanite est connue : associée à l'érythrite dans sa localité type à Joachimsthal, Bohême, Slovaquie ; à la mine Blanca, San Juan, département de Freirini, Chili, ainsi qu'au filon 7 à Bou Azzer, Maroc (PERMINGEAT, 1959) en sphérolites fibroradiées de 3 mm de diamètre. GUILLEMIN (1956) la signale à la mine de l'oued Mahisser, Tunisie, accompagnant la tyrolite ; à la mine Kamareza, Laurium, Grèce, avec conichalcite et olivénite et à Talmessi, Anarak, Iran, parfois avec métazeunérite à laquelle elle est postérieure. WALENTA (1992) l'a découverte dans différentes localités des Bois Noirs, Allemagne, en particulier dans les haldes de Schmiedestollen. Wittichen, où elle est associée à érythrite, olivénite et mixite ; elle peut être exprimée à Grube Clara, où elle se présente en sphérolites atteignant 0,2 mm de diamètre. Rappelons les localités de la "zinclavendulanite" : Tsumeb, Namibie, et de la lavendulanite phosphatée : mine Dome Rock, Australie du Sud. En France, elle a été découverte pour la première fois à Cap Garonne par GUILLEMIN (1956), qui l'avait antérieurement (GUILLEMIN, 1952) confondue avec la tyrolite (cf. 3ème partie) ; enfin, elle a été rencontrée par DELIENS et al. (1992) à Rabejac, Lodève, Hérault.

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