3) STRASHIMIRITE Cu8 (AsO4 )4 (OH)4. 5 H2O
(ou
par analogie avec l'olivénite Cu2(AsO4 ) (OH). 1,25 H2O)
Historique - Localité type
La strashimirite a été découverte en 1960, dans la zone d'oxydation du gisement de Zapachitsa, situé dans l'ouest de la stara planina, Bulgarie. Signalée dès 1962 comme nouveau minéral, elle n'a été décrite qu'en 1968 par MINCHEVA - STEFANOVA. Depuis la strashimirite a été identifiée dans de nombreuses localités, mais aucun article relatant ses découvertes n'aborde l'étude de ses propriétés, seul l'aspect paragénétique est développé.
Étymologie
En l'honneur de la pétrographe bulgare STRASHIMIRA DIMITROVA.
Propriétés physiques
La couleur de la strashimirite varie du blanc verdâtre au vert clair pour une épaisseur croissante. Les cristaux présentent un éclat nacré, ce dernier est gras pour les incrustations massives. La densité expérimentale ainsi que la dureté n'ont pu être mesurées en raison de la petite taille des cristaux et agrégats. La densité calculée donne une valeur de 3,81 g /cm3.
Propriétés optiques
La strashimirite est biaxe
négative, 2Vmesuré = 70°. Ses
indices de réfractions déterminés à 590
nm sont : α = 1,726(1),
γ = 1,747(2).
Elle présente un allongement positif ; son orientation
optique est en partie caractérisée par
Z
allongement = 5° et Y
transversal.
Enfin, le minéral possède un pléochroïsme faible tel que Z = vert jaunâtre pâle et Y = jaunâtre très pâle.
Habitus
En agrégats de cristaux lamellaires parfois à contour triangulaire qui peuvent s'allonger jusqu'à former des fibres. Ces cristaux sont souvent réunis en sphérolites à structure fibroradiée présentant parfois des zones concentriques. Aussi en incrustations massives à surfaces mamelonnées.
Radiocristallographie
Système monoclinique, groupes spatiaux possibles : C12P2/m ; C12P2 ou C18Pm.
L'indexation du diagramme de poudre ainsi que la détermination des paramètres cristallographiques ont été obtenus par la méthode ITO.
La maille élémentaire est caractérisée par :
a=9,71 ; b=18,85 ; c=8,94Å ; β = 97°12'etZ = 6.
Diagramme de poudre
Principales
raies de diffraction (d, hkl, I) : (18,74, 010, 100) ;
(2,86, 330-
, 100) ;
(3,13, 060, 90) ; (8,97, 001, 90) ;
(9,46, 020, 80) ; (4,79, 200-040, 80) ;
(4,21,
-041, 80) ;
(3,35, 240-132, 80) ; (2,476, 341-171-302, 70).
Structure : non déterminée
Spectre Raman
Le matériel de Cap Garonne utilisé a brûlé sous le faisceau laser.
Composition chimique
MINCHEVA STEFANOVA (1968) n'a pu réaliser (du fait de l'impossibilité de séparer suffisamment de matière) qu'une analyse semi-quantitative par voie humide. Cette dernière portait sur le dosage de Cu, Zn et As, la teneur en eau étant calculée par différence à 100 %. Ses résultats sont donnés par le tableau 11 ; ils conduisent à la formule empirique (Cu3,85 Zn0,15)4,00 (AsO4)2,04 (OH)1,76 2,5 H2O, soit idéalement : Cu4 (AsO4)2 (OH)2. 2,5 H2O. On constate une légère substitution du cuivre par le zinc.
Tableau 11 : Composition chimique (% pondéral)
de la strashimirite
(MINCHEVA-STEFANOVA, 1968) (* H2O
par différence)
Synthèse : Elle a été réalisée pour la première fois au cours de ce travail (cf. 2ème partie, I.3.4).
Paragenèse - Association minérale
Elle est typiquement associée à des minéraux secondaires formés à partir de solutions alcalines. Il s'agit principalement des minéraux suivants : parnauïte - tyrolite - lavendulanite - cornubite - cornwallite - chrysocolle - malachite - azurite.
Gisements
Dans le gisement de Zapachitsa, MINCHEVA-STEFANOVA (1968) décrit deux dépôts de strashimirite calés chronologiquement et mutuellement par la succession des minéraux suivants : limonite - azurite - malachite - chrysocolle - azurite - cornwallite - olivénite zincifère - tyrolite - malachite -tyrolite - strashimirite - malachite - strashimirite. Elle y observe aussi de fréquentes pseudomorphoses de tyrolite et cornwallite en strashimirite. A Saalfeld, Thuringe, Allemagne (SCHMETZER, 1982), la strashimirite est associée à lavendulanite et erythrite. Signalée en agrégats sphérolitiques fibroradiées de plusieurs mm, à la Mürtschenalp, Glari, Suisse (SCHMUTZ et al., 1982), la strashimirite se rencontre avec la seule chrysocolle ; notons que dans le même gisement est connue une riche paragenèse d'arséniates de cuivre tel : tyrolite, chalcophyllite, parnauïte, olivénite et euchroïte. Toujours en Suisse, citons sa présence au Binnental, Valais, dans les gneiss de Cherbadung (SCHMUTZ et al., 1982) en altération de la cafarsite Ca8 (Ti, Fe2+, Fe3+, Mn)6-7 (As+3O3)12. 4 H2O ; ainsi qu'au col des mines près Isérables, Valais, en croûtes terreuses sur chrysocolle (WALENTA, 1982).
La strashimirite a été identifiée dans de nombreuses localités allemandes : sur les haldes des mines Iba et Süb, Richelsdorf, Gebirge (HENTSCHEL, 1979 ; SCHNORRER-KHÖLER, 1984) avec richelsdorfite, erythrite, brochantite, serpièrite et gypse ; de l'olivénite complète parfois la paragenèse ; dans ce dernier cas, l'observation des relations mutuelles olivénite-strashimirite (syncristallisations) laisse envisager la possibilité d'une évolution de l'olivénite vers la strashimirite par hydratation ; à Grube Clara, Schwarzwald (KEISER, 1984) associée à la malachite, à proximité d'olivénite et agardite, plus rarement de parnauïte ; enfin à Reichenbach, Odenwald (BELENDORFF et PETITJEAN, 1987) avec malachite-azurite et olivénite à laquelle elle est postérieure.
La strashimirite est abondante à Leogang, Autriche (POEVERLEIN, 1987) en sphérolites millimétriques fibroradiés associée à parnauïte et tyrolite qui lui sont postérieures. Dans le même gisement, elle a été rencontrée en bordure de rosettes d'érythrite sous sa forme sphérolitique, mais aussi en cristaux individualisés associés à l'azurite. Deux séquences paragénétiques sont proposées, la strashimirite constituant la phase la plus abondante : strashimirite - parnauïte - azurite ou strashimirite - olivénite -azurite. Enfin, une des meilleures localité de strashimirite est représentée par la mine Majuba Hill, Pershing Co., Nevada où le minéral est abondant en enduits ou croûtes épaisses parfois constitués de cristaux atteignant 2 mm de long. Des surfaces de fractures dans la rhyolite de 5 x 5 cm entièrement recouvertes d'aiguilles de strashimirite ont été signalées. L'olivénite (variété leucochalcite) est le principal minéral accompagnateur.
En France, elle a été signalée pour la première fois par PERROUD (1984) à la mine de Cap Garonne (voir description détaillée, 3ème partie, II.4.2.4) ; pour notre part, nous l'avons identifiée (CHIAPPERO, SARP, en préparation) à Triembach, Vosges sur un échantillon d'amateur (L. THOMAS). Elle se présente en agrégats sphérolitiques fibroradiés remplissant une cavité d'environ 1 cm d'un minerai en voie d'altération. Le centre de cette cavité n'étant pas complètement comblé, laisse apparaître, surmontant la strashimirite et en continuité une croûte (d'environ 1/10 mm d'épaisseur) à surface verruqueuse d'olivénite. D'autres échantillons de cette localité ont permis de rencontrer divers arséniates de cuivre, citons en particulier : chalcophyllite, phase X4, mixite et tyrolite.