c. Espèce proposée à l'IMA pour discréditation

LINDACKÉRITE

 

Historique - Localité type

Ce minéral a été rencontré à la mine Elias, Jachymov, Bohême, Tchécoslovaquie. Il a été décrit pour la première fois par VOGL (1853) qui lui attribue la formule Cu6Ni3(AsO4)4(SO4)(OH)4. 5H2O à partir des analyses réalisées par LINDACKER. Le nom de Lindackérite est proposé (sans études complémentaires) par HAIDINGER en 1853. En 1921, LARSEN en reprend l'étude, il précise ses propriétés optiques. Ces dernières amènent PALACHE et al. (in Dana's system of mineralogy, 7ème édition) à proposer le système monoclinique à la place de celui orthorhombique initialement publié. Ils considèrent que le statut de l'espèce est à confirmer par d'autres études. GUILLEMIN (1956) réalise la première étude radiocristallographique de la lindackérite, il détermine qu'elle est monoclinique et a pour formule H2(Cu, Co, Ni)5  (AsO4)4.8-9H2O.

Dans le cadre de notre thèse sur les arséniates de cuivre, pour comparer directement les diagrammes de poudre, nous avons établi, entre autres, un film de référence de la lindackérite. Pour ce faire, nous nous sommes procuré un échantillon étudié par GUILLEMIN (n° 106.611, Muséum d'Histoire Naturelle de Paris). Le diagramme de poudre a été réalisé à l'aide de la chambre Gandolfi Ø 114,6 mm.

La lecture du film nous montra de grandes différences avec la fiche de la lindackérite (ASTM n° 11-166), en particulier par la présence de raies de forte intensité étrangères à cette fiche et par un nombre de raies de diffraction nettement supérieur (environ trois fois plus). En fait, le diagramme de poudre obtenu coïncidait parfaitement avec celui de la pradétite (espèce que nous avions fait homologuer par l'IMA quelques mois auparavant).

En nous référant au travail de GUILLEMIN (1956), où sont publiés ses résultats concernant la lindackérite, nous nous sommes rendus compte que cet auteur avait mis en évidence deux "variétés" de lindackérite :

- l'une en cristaux bien individualisés provenant d'un fragment du spécimen original ;

- l'autre en cristaux fibreux (qu'il nomme lindackérite fibreuse) donnant un diagramme de poudre présentant des différences très nettes par rapport à celui qu'il avait obtenu pour la lindackérite type. En particulier, ce diagramme de poudre ne possédait que les raies principales de la lindackérite type, et encore pas toutes, puisque manquait l'une des principales (vers d(hkl) = 8 Å).

Le diagramme de poudre établi par GUILLEMIN pour la lindackérite type était identique à celui de la pradétite, ou encore à celui que nous avions réalisé sur l'échantillon n° 106-611 étudié par GUILLEMIN. Cette constatation nous a amenés à le comparer à celui donné par la fiche ASTM de la lindackérite ; nous nous sommes alors aperçus qu'y figuraient les données de la "lindackérite fibreuse".

Nous nous sommes donc retrouvés confrontés à un cas de figure peu commun. Fallait-il faire discréditer la pradétite, que l'erreur commise par les responsables du fichier ASTM ne nous avait pas permis d'identifier à la lindackérite type, ou tout simplement la lindackérite qui, hormis l'erreur de diagramme de poudre (non imputable à GUILLEMIN), possède une description comportant de nombreuses erreurs, tant radiocristallographiques : système cristallin et paramètres de maille inexacts, qu'optiques : orientation fausse ?

Devant toutes ces erreurs, dans lesquelles nous ne saurions nullement être impliqués, il nous a paru normal de proposer la discréditation de la lindackérite à l'IMA. Son sort est actuellement en cours de discussion.

Nous présentons ci-dessous les données que nous avons obtenues.

Les résultats antérieurs figurent dans les tableaux.

 

Étymologie

En l'honneur du chimiste autrichien Joseph LINDACKER qui analysa le minéral pour VOGL.

 

Propriétés physiques

La lindackérite se présente en cristaux transparents vert pomme, son éclat est vitreux et sa poussière blanche. Elle possède un clivage parfait selon {010}. Sa densité mesurée par immersion dans des liqueurs denses est de 3,35(2) g/cm3 (d calc = 3,37(1) g/cm3). La lindackérite ne présente pas de fluorescence dans l'UV.

 

Propriétés optiques

Le minéral est biaxe +, ses indices de réfraction mesurés à 590 nm sont : α = 1,632(2), β = 1,662(2) et γ = 1,725(5). 2V mesuré = 74(5)°, 2V calc = 72(3)°. Sa dispersion est forte avec r < v. Il possède un pléochroïsme faible tel que : Z = vert clair et X= Y = incolore. Son orientation optique est : sur {100}, βa = 21,3° et sur {001}, βa = 34,4° (fig. 7).

Habitus

En empilements ou agrégats de cristaux atteignant 0,7 mm. Les cristaux sont très aplatis selon b, avec la face {100} bien développée et {001}, {101} très minces (fig. 7). Leur dimension est en moyenne de 0,3 mm de long pour 0,03 mm d'épaisseur. Ils sont parfois maclés par contact sur {010}.

 

Radiocristallographie

La lindackérite est triclinique, groupe d'espace P1 ou . Ses paramètres cristallographiques obtenus par étude d'un monocristal en précession et affinement à partir du diagramme de poudre sont :

a = 8,035(2), b = 10,368(4), c = 6,453(2)Å ; α = 79,60(3)°, β = 84,83(3)°, γ = 86,17(3)°, V = 525,9(2)Å3 et Z = 1 (tableau 3)

Diagramme de poudre (tableau 4)

 

 

 

Tableau 2 : Propriétés optiques de la "lindackérite" et de la pradétite

 

 

Tableau 3 : Paramètres cristallographiques de la "lindackérite" et de la pradétite

 

Tableau 4 : Comparaison des diagrammes de poudre de la "lindackérite" et de la pradétite

 (a) Caméra Gandolfi, Ø 114,6 mm, radiation CuKα

 (b) Caméra Gandolfi, Ø 114,6 mm, radiation CuKα

 (c) Caméra Debye-Scherrer, circonférence 240 mm, radiation CuKα

Rappelons que cette fiche n° 11-166, par une erreur des responsables du fichier ASTM, correspond en fait à la "lindackérite fibreuse" (cf. Historique - localité type).

 

Spectre Raman (voir pradétite, Fig. 6)

Le spectre Raman de la pradétite a été obtenu, de par son abondance, à partir du matériel tchèque.

 

Composition chimique

Tableau 5 : Compositions chimiques (% pondéral) de la lindackérite et de la pradetite
(a) cette étude, analyses à la microsonde électronique
(b) GUILLEMIN (1956), analyse par voie humide

La composition chimique de la lindackérite a été obtenue dans les mêmes conditions analytiques que pour la pradétite, seul a été rajouté le dosage du nickel (Ni métal pour NiKα). La moyenne des 10 analyses ponctuelles (% pondéral) est consignée dans le tableau 5. Elle conduit sur la base de 26 oxygènes à la formule empirique :

(Cu4,90 Co0,18 Ni0,07)5,15 As4,05 H21,42 O26

idéalement

(Cu,Co)5(AsO4)2(AsO3OH)2. 10H2O

 

Paragenèse - association minérale

La lindackérite de la mine Elias est associée à annabergite, érythrite, lavendulanite et gypse.

 

Gisements

Elle a été signalée outre Jachymov, dans la vallée de Rauris, Autriche (in ROBERTS et al., 2ème éd. (1990)) et à la mine Talmessi, Anarak, Iran (BARIAND, 1963) accompagnant la lavendulanite. Dans ce gisement la lindackérite ne contiendrait pas de Co et Ni.

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